C’est une série exemplaire sur laquelle j’ai voulu attirer votre attention dans l’édition de janvier de TED (Québec Audio-Vidéo), et je le refais ici, alors que des nouvelles très attendues nous arrivent de la bouche du cheval.
Les rééditions de King Crimson, dans lesquelles Robert Fripp et Steven Wilson (celui de Porcupine Tree bien sûr) unissent leurs forces créatrices, est exemplaire, à tous points de vue.
- Les puristes ont droit à des remasterings haute résolution de leurs mix adorés;
- les plus aventuriers ont droit à des remix multi-canaux ET stéréos des albums qui parfois en bénéficient grandement, Lizard restant pour moi un cas patent d’un remixage qui atteint de multiples buts techniques et artistiques: en retournant aux multi-pistes d’origine, on peut débarasser ces mixages parfois très denses de leurs couches superposées de “bouncing”: le son y gagne force, clarté, séparation, ultimement impact d’origine. Et l’évident respect de Steve Wilson pour les mixages d’origine, qui fait que toujours il en respecte l’esprit pleinement, nous préserve des relectures modernistes contestables, qui ont nui à la crédibilité des remixages stéréo de Nick Davies sur la série des Genesis;
- les “complétistes” ou fanatiques finis ont droit à de passionnants bonus, sous forme de maquettes, mixages alternatifs, versions live et autres;
- et il y a même des bonus vidéo sur certaines éditions.
Le tout dans un très beau packaging et pour un prix raisonnable, qui ne laisse aucun goût amer.
Évidemment, le coup de génie de Robert Fripp dans cette grande aventure de réédition, ce fut d’engager Steven Wilson, un artiste passionné, passionnant, respectueux du passé et moderniste à la fois, excellent mixeur et grand promoteur du format DVD-A.
Les membres du forum SteveHoffman.tv ont eu toute une surprise récemment, lorsque Steven Wilson est venu lui-même nous éclairer sur l’avenir immédiat de la série (à laquelle ne manqueront dorénavavant que le King Crimson post-Discipline et le très attendu Lark’s Tongues In Aspic.) Je vous en donne une traduction-maison, et je vous laisse en lien les commentaires de M. Wilson lui-même.
Discipline a récemment pris la place de Lark’s Tongues In Aspic dans le calendrier des rééditions (en septembre 2011). DGM (le label de Fripp) et Panegyric sont en processus d’acquisition de films vidéos d’archives TV du quintet de l’époque Larks’ Tongues (ce qui nous donnera l’occasion de voir en action l’éphémère et fascinant multi-instrumentiste James Muir et le violoniste David Cross, avec bien sûr le power-trio Bruford/Wetton/Fripp). Nous espérons que l’acquisition de ce matériel, accompagné du matériel audio supplémentaire, fera de Lark’s Tongues une des plus fascinantes et exhaustives rééditions de la série. Je sais, cette attente est frustrante, mais je pense que l’attente en vaudra la peine.
- SW

Steven Wilson et Robert Fripp
Évidemment, l’apparition du très respecté musicien-ingénieur de son sur le forum a immédiatement déclenché plusieurs commentaires/louanges/kudos, mais aussi l’automatique grincheux/puriste qui s’est plaint de compression sur le remixage stéréo de Lizard. Très gentleman, Steven Wilson a mis les points sur les “i” (peut-être savait-il que le mot compression est devenu le buzzword du forum, employé à toutes les sauces, souvent sans aucune vérification. Mais, de manière plus intéressante, ça nous a permis d’en savoir plus sur le processus décisionnel de la série et les techniques employées. Alors, en me glissant dans l’excellent remix de Cirkus, je vous traduis le tout, en espérant bien rendre l’esprit et la lettre de la chose. Bon dimanche!”
Bonjour à tous,
Si vous croyez que j’opère une compression ou un EQ (égalisation graphique) de la sortie stéréo lorsque je grave les nouveaux mixages, la réponse est non, il n’y a rien de ce côté de ma part. Pour ce qui est du mastering des mixages originaux, je n’en sais rien, et je doute que Robert (Fripp) s’en souvienne. En général, l’état des bandes maîtresses et leurs tonalités sont excellents et ont demandé très peu ou aucune compression ou EQ. Toute autre manipulation globale sur le mixage serait du ressort de Simon Heyworth au moment du mastering; et même si mes oreilles ne sont sans doute pas les meilleures pour en juger, je ne peux entendre aucun effet lié à l’utilisation de la compression ou d’un “limiter”; rien que des choses très subtiles.
Ce qui m’amène à croire que la réaction du précédent “poster”, qui trouve le nouveau Lizard “beaucoup plus mauvais” que l’original, est déclenchée par quelque chose d’autre. Ce qui pourrait être:
1. Les contrastes dynamiques, des passages calmes aux passages “bruyants” sont un peu moins extrêmes – nous croyions que nous pouvions augmenter légèrement le volume des passages calmes sans sacrifier l’impact des passages plus volumineux. Ce qui n’a rien à voir avec la compression, c’est simplement un mixage des passages doux à plus fort volume
2. Il n’y a à peu près pas de EQ dans ce nouveau mixage, en particulier si on compare avec le EQ appliqué au mixage original. Robert avait des difficultés avec la sonorité de la console de mixage de Wessex lors du mixage original, et il a dû (selon mon opinion) sur-égaliser les fréquences (over-EQ’d). Les nouveaux mixages utilisent la véritables tonalité des instruments sur les bandes maîtresses, avec très peu de manipulation. Ce qui peut surprendre celui qui s’est habitué à la tonalité très “processée” du mixage original.
3. Tous mes remixages du matériel de l’ère analogue mettent en lumière des fréquences aiguës (high end), à 12 kHz et au-dessus – et bien que ce procédé aide immensément la clarté et la séparation des instruments, il est possible qu’un effet secondaire soit une sonorité moins analogue, plus digitale. Mais je ne rajoute pas ces fréquences, elles existaient déjà dans la musique, simplement les procédés de mixages sur ruban quart de pouce et la gravure sur vinyle ont tendance à atténuer ces fréquences. Ce que je sais cependant de manière certaine, c’est que mes remixages représentent mieux ce qu’on entend dans les multipistes d’origine que les mixages originaux – je peux l’assurer parce que honnêtement je manipule très peu ce qui se trouve sur les bandes d’origine (“just matching balances, volume rides, effects, and stereo placements”).
En réponse à vos autres questions:
Je travaille seulement dans la sphère digitale, sur une plate-forme Logic et ses plug-ins- les plug-ins sont aujourd’hui tellement bons – je viens de remixer Aqualung en utilisant uniquement le “Universal Audio SSL channel strip”, le “EMT plate reverb” et des simulations d’écho à bande (“tape delay”) et à mes oreilles (qui ne sont pas, je l’admet, des oreilles expertes), elles sonnent formidablement d’époque (“vintage”).
Il y a beaucoup de changements que Robert (Fripp) voudrait faire et où je lui dis non! Sa position a toujours été la même: si le super-fan (moi) tient à certaines choses, alors il s’en remet à moi. Lorsqu’il y a des changements, c’est parce que j’étais d’accord avec ses raisons. Mais mon but a toujours été d’être aussi fidèle que possible aux mixages originaux – parce que comme plusieurs d’entre vous, j’ai grandi avec ces disques et je suis complètement dédié à en préserver l’héritage – beaucoup plus que l’artiste lui-même, qui entend tous les défauts et les choses qu’il ferait différemment maintenant.
Je reste à bord pour les 10 premiers albums studios, jusqu’à (et incluant) Three of a Perfect Pair. Je crois qu’il y a des plans pour que Jakko fasse au moins Trakk, et possiblement les albums studios plus récents. L’ordre des sorties est une combinaison de mon propre désir (j’étais impatient de faire Lizard), le temps nécessaire pour localiser et acquérir les droits de certaines pièces (en particulier le matériel vidéo) et le désir de la compagnie de disques de répartir les gros canons (l’album du début, Discipline, Lark’s Tongues et Red) avec des albums peut-être plus sous-estimés.
- SW
via King Crimson 2009 re-issues CD / DVD stereo/5.1 all inclusive thread (Part 2)
Eh oui, un remixage de “Aqualung” (Jethro Tull) est en cours, vous avez bien lu! Des jours bien heureux attendent l’amateur de progressif “vintage”. Quant à Steven Wilson, si dans un futur (hautement improbable) il se lasse de ses albums solos ou de Porcupine Tree et de ses multiples collaborations, on peut voir se dessiner un avenir tout aussi brillant en tant que remixeur stéréo et multi-canal.