>Le fuel de la création

>Je déteste la page blanche. Et comme je n’accepte pas les pannes créatives, il m’arrive de forcer l’inspiration. De doper mon cerveau en quelque sorte. J’ai deux armes fatales: le café. La musique.

Le café, pour sortir le cerveau de l’ennui qu’il ressent lorsqu’il regarde l’écran blafard, et qu’il envisage une autre journée en ma navrante compagnie. Et la musique, pour induire un état d’esprit, un climat, un rythme, absent de ma vie mais qui doit insuffler le texte.

La musique est soigneusement choisie, non seulement en fonction du texte à pondre, du personnage à accompagner, mais aussi en fonction de l’électro-chocs nécessaire. Si je dois rationaliser/corriger/structurer un texte, il est fort possible que du Bach s’immisce dans mes hauts-parleurs. Si je dois trouver des idées narratives, « réveiller » une scène trop convenue psychologiquement parlant, peut-être vais-je simplement aller écouter du Dylan, en relisant, émerveillé et envieux, « Visions of Joanna ».

Ces jours-ci, c’est un climat de cauchemar psychologique qui habite mes personnages. Un monde de paranoïa et de méfiance. Pour bien faire, je viens de trouver la version remasterée d’Exposure de Robert Fripp. Post-punk, prog serré, Frippertronics et textes décapants de Joanna Walton. 1979, New York. Fripp est électrisé par ses collaborations avec Bowie à Berlin. Rien de saurait plus l’ennuyer que le prog symphonique. Il y a chez Fripp et dans sa musique un état de tension permanent, une violence intellectuelle qui imprime dans sa musique une réaction opposée d’harmonie, mais d’harmonie, comment dire, décapante. La guitare cisèle les nerfs, Daryl Hall hurle une détresse psychologique innattendue, les soeurs Roche et Peter Hamill ont une sorte de grâce glacée qui font de cet album un inusable.

Playlist de Nu sur velours, hier:

  1. L’album « Velvet Underground and Nico » du Velvet Underground, pour la violence de « Heroin »
  2. L’abum « Gentlemen Take Polaroid » de Japan, pour le climat urbain et oblique (et l’influence à la fois Bowie-Berlin et Velvet)
  3. Le trio « Hands Of The Prestess/A Tower Struck Down » de Steve Hackett, la beauté pastorale enserrant le choas rythmique
  4. « Sutrix » de Talvin Singh, urbain, poly-mental (???), poly-rythmique
  5. « Breathless » de Robert Fripp, violence post-prog, guitares tranchantes
  6. « Disengage » 1ère édition, du même Fripp, post-punk, tension urbaine, Hamill déjanté, excellent texte
  7. « New York 3 », 3e édition, Hall à la voix, même ambiance que précédent
  8. « Sailor’s Tale » de King Crimson, de « Islands », douceur psychédélique qui vire en cauchemar
  9. « She’s My Baby » de Mazzy Starr, la belle hippie Hope Sandoval à son plus psychédélique sur fond de guitares fuzzy
  10. « Starless » de King Crimson, pour l’incroyable tension accumulée par une seule note de guitare avant la libération et le crash;
  11. l’album « Beggar’s Banquet » des Rolling Stones, pour retomber sur terre, les Stones à leur plus bluesy, beautiful sound
  12. des extraits des remix de Faust, « Freispel », krautrock revisité par l’électronique contemporaine, retour au cauchemar urbain
  13. quelques morceaux de « Foxtrot » de Genesis, le chef-d’oeuvre méconnu « Can-Utility and the Coastliners » et « Watcher of the Skies » pour redescendre sans perdre l’ambiance.

Yeah baby… On n’est pas loin d’une ambiance à la Dantec. Fripp est peut-être malsain, mais il est irrésistiblement cohérent dans son cauchemar.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s