Finalement, l’ère du téléchargement arrivé??? HD Tracks et Qobuz à la conquête du marché audiophile

Cette fois, je crois qu’on peut le dire, l’écrire, le prendre pour acquis: l’ère du téléchargement comme support légitime est véritablement arrivé.

Évidemment, il y a longtemps que Apple a secoué le cocotier de l’industrie musicale et en a fait tomber les fruits les plus périmés, avec sa fameuse offre du « single » à 1$, et se détachant au passage comme le détailllant musical mainstream mondial, un exploit ahurissant. Mais d’autres pourront mieux que moi analyser ce que Apple aura provoqué comme vague de fond.

Ce que je veux noter, pour ma part, c’est que l’ère du téléchargement légal est arrivée aussi pour le mélomane, l’amateur de musique exigeant, l’explorateur féru des nouvelles formes musicales, celui pour qui la musique est une passion esthétique, émotive, voire spirituelle!

Alors que les fabricants les plus prestigieux du monde de la haute-fidélité se résignent à la disparition très prochaine des lecteurs CD et que les mélomanes se plongent dans les lectures des « how-to » de sites comme l’excellent Computer Audiophile, certains sites, par un mélange de flair, de chance et d’astuce, sont en train de s’imposer comme plateformes de téléchargement excitantes, compétentes technologiquement et bien pourvue musicalement. Des boutiques où on peut se perdre, déambuler, fouiller en quête de trésors, puis passer à la caisse, déjà pressés d’écouter nos achats sur nos serveurs musicaux.

Du côté américain, HD Tracks, issu du label audiophile Cheksy, est en train de devenir une référence de boutique en-ligne, passant récemment en deuxième vitesse. Oui, oui, malgré la laideur relative de l’interface, le manque d’information sur les éditions mises-en-ligne, les PDF des pochettes à résolution plutôt décevantes et les prix élevés des éditions haute-résolution. Car il devient difficile de contenir son excitation, chaque vendredi, en voyant l’éventail des nouveautés qui y atterrissent  On ne parle plus d’arrivées tardives de disques en fin de course au hit-parade ou de disques audiophiles impeccablement enregistrées mais ennuyeux comme une belle pluie d’automne. On parle d’un catalogue riche, on parle exclusivités, on parle nouveautés, on parle matériel difficile à trouver sous sa forme physique à moins de commander par Internet!

Ainsi, à peine quelques jours après son arrivée en magasin, la version la plus « audiophile » du Celebration Day de Led Zeppelin (on parle de l’édition Blu-Ray audio) est déjà chez HD Tracks et peut atterrir dans votre serveur en quelques minutes. En allant commander votre « copie », je vous invite à déambuler dans le rayon « Spéciaux de la semaine ». Vous y trouverez rien de moins que la version 24/96 du dernier Kate Bush, le magnifique 50 Words For Snow, à moins de 14$, ce qui est, de quelque manière qu’on y regarde, un sapré bon deal (et une magnifique édition audiophile)! Dans la même section et au même prix, vous pourrez vous procurer le dernier Tom Waits, 24/96 lui aussi. Vous avez la nostalgie des années ’60? Une édition haute-résolution du Pearl de Janis Joplin vient d’apparaître, en 24/96 et en 24/192! Ça commence à ressembler à des exclusivités intéressantes. Et vous ne les trouverez pas à votre disquaire préféré, aussi compétent et à l’affût soit-il!.

Vous êtes Blue Note? Il y a chez HD Tracks un éventail d’éditions exclusives masterées par Alan Yoshida, probablement l’ingénieur au mastering le plus reconnu du genre, celui dont le nom orne les meilleurs XRCD que vous achetez chaque année au SSI pour 30$ ou plus! 18$ pour une édition hires de Midnight Blue de Sidewinder, Blue Train, Out To Lunch???

Ne me parlez pas de la minceur du catalogue! Je suis tombé, à mon étonnement total, sur une section Tzadik chez HD Tracks. Vous ne connaissez pas Tzadik? Il s’agit de l’étiquette super-pointue de John Zorn, qui depuis une quinzaine d’années, sort de 3 à 4 disques par mois de la meilleure musique actuelle (au sens Victoriaville du terme). Le florilège Masada, c’est chez Tzadik qu’il se trouve: Electric Masada, Masada String Trio, Masada Quintet. Des disques magnifiques, exigeants, de magnifiques enregistrements/masterings en plus. Vous trouverez quelques disques Tzadik chez Archambault à 25 ou 30$. Quand j’en trouve dans les boutiques de seconde main, j’achète sans hésiter, car ils sont rares. Et bien, j’avais envie de me taper un festival John Zorn ce week-end et j’ai trouvé, pour 13$/pièce, une vaste et superbe sélection chez HD Tracks, dont le magnifique disque de violoncelle solo de Erik FriedlanderBook of Angels, Vol. 8: Volac, dont j’ai lu une critique hyper-enthousiaste il y a quelques années. Ça c’est exactement ce que j’espère quand j’entre dans une boutique de disques: trouver une perle rare à un prix raisonnable!

La résolution des pochettes et livrets, fournis en PDF: suffisante pour l’écran d’ordinateur, mais nettement insuffisante pour l’amateur le plus exigeant. Ne pensez pas l’imprimer, le résultat sera décevant!

Il est vrai que le superbe packaging de Tzadik me manque. Mais it’s all about music, vous savez.

ECM ? Anti ? DG ? Ils ont tous des sections chez HD Tracks. Alors même si on ne risque pas de s’y croiser, du moins pas dans l’interface actuelle, je vous invite à m’y suivre. Et le mieux, c’est que c’est ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Et il n’y a pas que HD Tracks. La sélection de Qobuz, qui semble vouloir se détacher en Europe, semble tout aussi intéressante et la structure de prix, similaire.

Alors après avoir démoli le monde audiophile et créer une génération de malentendants, peut-être bien que l’Internet va créer un nouveau marché audiophile et de nouvelles exigences.

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6 commentaires

  1. Est-ce qu’on peut se fier à HD Tracks pour obtenir de « vraies » versions? Autrement dit lorsqu’il est mentionné 24/96 ou 24/192 peut-on s’y fier?

    • Martin fait ici référence a des incidents passés, où des mélomanes ont vérifié la réponse de fréquences réelle des fichiers musicaux vendus par HD Tracks. Et il y a eu des problèmes. Si je me rappelle bien, un John Coltrane (« Lush Life ») a été retiré du catalogue parce qu’il s’agissait de fichiers ré-échantillonnés artificiellement. D’autres albums ont suivi. HD Tracks a dû procéder à un examen exhaustif de son catalogue, pour constater qu’une immense proportion de son catalogue était du faux hires. Je résume l’histoire ici: « https://murduson.wordpress.com/2010/07/28/hires-or-not-hires-ou-comment-lindustrie-du-disque-se-tire-dans-le-pied-123e-partie/.
      HD Tracks est-il à l’abri de ce genre de dérapage? Non. Non, parce que HD Tracks, c’est un distributeur/détaillant spécialisé, qui transfère et vend les fichiers que les compagnies de disques lui fournit. Pas plus que votre détaillant Shermann ou Discus de l’époque, HD Tracks n’a de contrôle sur le matériel qu’il reçoit. HD Tracks peut (et doit!) faire un contrôle de qualité, mais il n’est qu’un intermédiaire, sujet à la tromperie et à la négligence. L’histoire de Lush Life lui a fait mal et lui colle à la peau, lui aliénant pour longtemps plusieurs audiophiles. Et comme les fichiers hires coûtent cher (surtout les 24/192), on ne lui pardonne pas facilement les erreurs.
      Ainsi, les enregistrements 44.1 « upsamplés » sur SACD, puis vendus en distribution digitale par HD Tracks, pourront passer pour du vrai hires sans en être. Mais ce genre de tromperies des compagnies de disques devient de plus en plus difficile à faire, car les acheteurs sont de plus en plus exigeants et méfiants. Ainsi, la version HD Tracks de Bad de Michael Jackson a été critiquée par certains, parce qu’elle utilise le remaster courant de Sony, compressée dynamiquement, plutôt que des versions antérieures beaucoup plus dynamiques.
      HD Tracks devrait-elle refuser de distribuer des versions ne répondant pas à des normes audiophiles? Je ne crois pas. Trop subjectif. Vaut mieux avoir une bibliothèque bien garnie, quitte à avoir des livres de poche, que de n’avoir que quelques premières éditions.
      Mais je comprend que tous ne seront pas d’accord.
      Comme dans tant de domaines, l’information est le recours no 1 du consommateur.

  2. C’est, effectivement, un site incontournable pour l’achat en ligne. Ce qui m’inquiète, c’est de savoir comment notre musique bien québécoise et francophone survivra dans ce nouveau monde. Les étiquettes d’ici vont devoir s’organiser pour offrir à leur clientèle des produits de qualité. Non seulement pour les nouveaux albums, mais ceux paru dans les dernières années et ceux qui dorment dans les soutes quelque part…

    Il est clair que le CD est en perte de vitesse. À chaque fois que j’entre chez HMV, la section CD diminue au profit des DVD/ BluRay/Jeux vidéo. Et c’est aussi vrai chez Archambault. Mon dernier passage à leur magasin de Laval le long de l’autoroute 13, c’est près du tiers de la section musique qui avait disparu. Les sections « nouveautés » et « Top 10 » resteront encore pour un bon moment, mais pour le reste, chaque jour qui passe emporte une parcelle de section…

    • Yosemithe touche un point important, vital même. C’est quelque chose que je me disais, en écrivant ma petite chronique enthousiaste: oui, mais, mes compatriotes eux?
      L’industrie du disque québécoise va devoir cesser de regarder dans le rétroviseur. L’industrie du disque va devoir cesser de suivre le courant dans une chaloupe poussée par des manchots. L’ADISQ va devoir vivre un sérieux examen de conscience. Tiens, on va leur suggérer immédiatement quelque chose: qu’ils visitent le site de Godspeed You! Black Emperor, le groupe anglophone du Mile-End qui est plus connu à l’extérieur de la frontière que chez-lui, mais dont les sorties de disques font l’événement: c’est là que j’ai acheté leur dernier disque. En-ligne. Comme des milliers de fans de l’extérieur de la Belle Province. Je leur suggère aussi d’aller voir le site des très dynamiques A la clair ensemble, qui offrent leurs disques en qualité FLAC à qui les veut, contre contribution volontaire. Je leur suggère de cogner aux portes de HD Tracks ou de Qobuz, et de commencer à travailler sur la réalité d’aujourd’hui, au lieu d’essayer à tout prix de l’éviter.

  3. En fait, c’est, je crois, vital pour notre musique et notre culture. Présentement, pour retrouver de la musique sans perte (FLAC, WAV et) en téléchargement, il faut aller sur les sites des artistes eux-mêmes. Ça n’a pas de sens. Les label d’ici vont devoir s’unir à tout le moins pour le volet promotion et vente de leur industrie, sans quoi, nos artiste seront laissés à eux-mêmes avec bien peu de moyens autre que le bouche à oreilles. L’ADISQ peut être l’organisme qui amène tout le monde à la table. Mais pour avoir pignon sur le web dans un magasin virtuel, on est loin de la soupe aux lièvres!

  4. Excellent article Fred ! Il commande une réflexion sur ce que l’on veut en tant qu’amoureux de la musique mais aussi nous oblige à nous assumer comme audiophile.

    Qobuz est un très beau site de téléchargement, la volonté d’offrir la meilleure qualité d’enregistrement est louable mais inaccessible au Québec. Pas encore du moins pour les enregistrements qui m’intéressent. Toutefois les podcasts offerts sur le site permettent de découvrir les univers des meilleurs preneurs de son de la confrérie francophone, les musiciens et chefs d’orchestre aussi. Voilà d’intéressants points de vue qui aident à comprendre notre passion audio car il faut bien se l’avouer, elle ne se simplifie pas la passion.

    J’avoue ne pas avoir le réflexe d’achat en ligne. Ce n’est qu’une question de temps car c’est l’avenir.

    L’industrie de la musique au Québec ? Sont-ce des gens d’affaires ? La réponse s’en vient tout doucement . Pour ma part, je ne suis pas inquiet pour l’avenir de la musique québécoise et des artistes. Oublions l’innovation venant de l’industrie québécoise. J’aimerais me tromper .

    Il y a un an, j’ai réalisé un article avec un gars de « mastering » d’Ottawa. J’ai été le temps de ce reportage au coeur de l’action. Ce que j’ai retenu entre autre, les artistes quand il s’agit de leur poche sont comme tout le monde, la vertu prend le bord. Je ne veux pas être grossier mais « shit in, Shit out » ont été ses premières paroles lors de l’entrevue. Nos préoccupations audiophiles sont bien loin dans le quotidien de tout ce beau monde. On doit prendre notre place d’audiophile, c’est ce que je retiens au final.

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