Relayer sur HD Tracks – aux portes du délire sonore?

Relayer est un de ces albums… Vous savez, ces albums qui, pour le mélomane normalement constitué, sont abscons, abstraits, des espèces d’Everest esthétique inaccessibles qu’on essaie désespérément d’aimer parce qu’on sait… qu’on devrait les aimer. Un de ces albums qui sépare l’inité du non-inité. On veut faire partie des initiés. Alors on se tape l’Everest. En espérant y piger quelque chose.

Relayer est sans doute à Fragile ce que Lark’s Tongues In Aspic est à In The Court of the Crimson King: les fans de la première manière sont largués pendant qu’on bascule vers l’abstraction. Une oeuvre brutale, sans compromis, où le groupe a repoussé ses limites, au risque de s’aliéner sa base. 3 pièces, 40 minutes intenses où un Steve Howe particulièrement déjanté explore ses Telecasters avec un imaginaire débridé; sans doute l’absence de Rick Wakeman, remplacé l’espace de cet album par un Patrick Moraz plus sobre, aura-t-il permis à Howe de prendre ses aises. Quel spectacle il nous offre: incisif, tranchant et déchaîné pendant  Gates of Delirium qu’il domine totalement, cosmique durant la finale jouée à la steel guitar (« Soon« ), tendre et lyrique durant « To Be Over » (la steel guitar encore), et que dire de son solo durant la formidable « Sound Chaser« , sorte de fusion jazz-prog vraiment unique… Mahavishnu n’est pas loin…

Je ne suis pas un vrai initié de Yes. Mais j’aime Relayer profondément. Même si je ne pige rien. De tous les albums de Yes, ce n’est certainement pas le plus plaisant (ce serait sûrement Fragile), ni le plus ambitieux (Tales?) ni même le plus réussi (je pencherais du côté de Close To The Edge). Mais sa violence me parle. Mon cardio s’emballe lorsque Steve Howe part en roue libre durant la face A, sur ce morceau librement inspiré de Guerre et Paix  de Tolstoï, pendant qu’Alan White (celui qui avait la lourde tâche de marcher dans les traces de Bill Bruford) tape comme un fou avec Anderson sur des pièces de métal volés d’une cour à scrap; je plane lorsque Anderson chante Soon sur les arpèges belles comme des chants de cétacés de Howe. La batterie et la guitare me font tripper pendant Sound Chaser, et j’endure même le « Cha Cha Cha » de Anderson sans trop grimacer. Et c’est juste trop joli d’entendre la voix d’Anderson sur la steel de Howe pendant les presque 10 minutes de To Be Over, une ballade comme le prog n’en livre pas souvent.

Mais Relayer sonne le cul. Vraiment. Enregistré sur de l’équipement mobile à la maison de Chris Squire, par un ingénieur qui a toujours privilégié la performance sur le son (Eddie Offord), l’album, édition après édition, est par grands moments un magma confus de sons glorieux mais saturés, distorsionnés. Et je ne crois pas que l’édition haute résolution de HD Tracks ne vienne clore le débat. Un petit remix de Steven Wilson quelqu’un?

Néanmoins, commençons par les très bonnes nouvelles. Les premiers rapports d’amateurs sont très enthousiastes. Comme c’est souvent le cas pour ces rééditions tant espérées, on proclame dès les premières auditions tenir la meilleure édition digitale à ce jour. Objectivement, l’absence de compression dynamique au mastering enlève sur Sound Chaser une congestion qui pouvait rendre l’audition redoutable dans la version précédente, la Rhino de Bill Inglot. Voyez un peu:

Edition Rhino

Edition HD Tracks

Mais la compression dynamique (ou l’absence de) n’est qu’une partie de l’histoire. Le EQ aura une influence encore plus déterminante sur l’audition. À ce sujet, le biais très marqué pris par Bill Inglot pour l’édition Rhino a beaucoup surpris: alors que les autres albums de la série étaient réputés stridents, voilà que Relayer prenait la tangente inverse. La basse et la batterie sont nettement favorisés, créant une balance tonale très différente des éditions numériques précédentes.  Balance tonale que HD Tracks rétablit vers ses intentions originales. Du moins je le crois.

J’ai ma petite théorie là-dessus. Théorie élaborée lors de mes écoutes répétées de l’édition HD Tracks aujourd’hui. Surtout pendant The Gates of Delirium. J’ai comme l’impression que Inglot a  tenté de changer la balance tonale de l’album pour venir amadouer les multiples moments de grande distortion qui accompagnent la matière sonore trop dense. Parce que les amis, haute résolution ou pas, compression dynamique ou pas, ça distorsione à pleins sceaux. Et si vous voulez masquer des fréquences indésirables, faut déplacer le centre tonal. Dans cette optique, gonfler les basses n’est peut-être pas une mauvaise idée. C’est du moins ma théorie fumeuse du jour. Qui vaut ce qu’elle vaut, i.e. objectivement pas grand chose. J’aimerais vraiment avoir l’opinion d’un ingénieur de son là-dessus. De préférence qui a entendu les bandes maîtresses. Barry Diament peut-être, sur les forums de Computer Audiophile? À moins que Steve Hoffman, après avoir fait une job merveilleuse avec Close To The Edge, reçoive une nouvelle mission, qui serait sûrement accompagné de ces courts récits sur son forum libellés Adventures in Mastering. L’avenir nous le dira.

Alors pour ceux que la chose intéresse, voici deux graphiques qui montrent quelle égalisation il faudrait appliquer au remastering de HD Tracks de Sound Chaser pour qu’il devienne identique au Rhino. Une courbe très caractéristique, souvent décrite comme un « smiley »…  On pompe les basses, on ajoute de l’air dans les hautes. Pour les puristes, une hérésie. À ce niveau, d’accord: l’édition HD Tracks de Relayer est probablement plus fidèle aux bandes maîtresses. En théorie.

Détail

Mais le Relayer de HD Tracks, disque audiophile? Je ne crois pas.

De nouveau avec Relayer, il faut conclure en se disant: le son, on s’en fout un peu, écoute la performance!

Ce fut presque Vangelis, mais finalement ce fut Patrick Moraz, le temps d’un album. Jon Anderson et Vangelis se retrouveront plus tard.

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1 commentaire

  1. Première écoute avec Gates of Delirium version 24-192…ouch, j’ai mal aux oreilles, des peaks et beaucoup de distorsions, surtout avec la guitare. Certains détails venant des claviers sont plus clair, la dynamique générale est molle et mal définie…mais d’où viens ce master ? On dirait une copie de copie , ou une copie du DAT…ou une égalisation vraiment mal appliquée…je continue mon écoute.

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