Sur la platine: I am in an ECM state of mind…

Les trois lettres, ECM, Edition of Contemporary Music, accompagnent le parcours de milliers de mélomanes depuis le début des années ’70. C’est autant un gage d’excellence esthétique qu’un témoin de la  vision lumineuse, très européenne, d’une certaine forme de jazz, telle que vue par le célèbre (et mystérieux) producteur Manfred Eicher.

Comme beaucoup d’autres mélomanes, j’ai été conquis par ECM dès que je me suis ouvert à la musique improvisée, au sortir de mes années « prog ». Comme tant d’autres, c’est le fameux Koln Concert de Keith Jarrett qui a enfoncé pour moi les portes d’un monde nouveau: un monde musical d’un esthétisme épuré, enregistré de manière irréprochable dans un bain d’écho (naturel) qui en renforçait l’onirisme lumineux. Le minimalisme des notes de pochette, la beauté photographique du cover art, l’idée très élevée que ces gens entretenaient de toute évidence avec leur art, tout cela était incroyablement séduisant, sans parler des noms exotiques des musiciens, les Eberhard Weber, Jan Garbarek  et autres Terje Rypdal. Pour quelqu’un qui a épuisé les plaisirs de ses disques d’Alice Cooper et de Styx ou qui ne vibre plus vraiment à la virtuosité un peu vaine de Keith Emerson et Rick Wakeman, c’est un antidote idéal, même si un peu… frigide?

Ma relation avec ECM a pas mal souffert quand même par la suite, de ma découverte et mon amour pour le vrai jazz , le black, le rejeton du blues. Coltrane a vite fait fondre le timbre nasillard et glacé de Garbarek dans le panthéon de mes souffleurs préférés. Il y avait là confusion des genres. Jazz ou pas jazz, ECM? C’est le genre de question sémantique qui passionnait le jeune mélomane de 20 ans que j’étais. Je me suis éloigné d’ECM et j’ai foncé dans le matériel Blue Note et Impulse! Guerre de chapelles, dont j’étais bien sûr le grand perdant!

Trente ans plus tard, ECM est toujours là: un label d’exception, aventureux, audacieux, avec toujours les plus hauts critères esthétiques et sonores. Black ou pas, son jazz continue d’élever les exigences de la musique improvisée vers ses plus hautes cimes: le trio de Keith Jarrett, le quatuor de Charles Lloyd, l’oud de Anouar Brahem, le trio poétique de Tord Gustavsen,  le minimalisme du Nik Bartsch’s Ronin, l’anti-bop du regretté Paul Motian, les explorations de Jan Garbarek  dans le champ des musiques du monde, les conceptions si belles de Manu Katché., le néo-baroque extatique de Arvö Pärt: tous de grands musiciens qui continuent de bénéficier de l’appui de ce label sans nul autre pareille.

On peut maintenant se réjouir de voir le label présent sur les meilleures plateformes numériques où son catalogue est copieusement représenté. Le catalogue HDTracks est une allée numérique où vous voudrez vous perdre: « classiques » des années ’70 en résolution 16/44.1 pour un prix très raisonnable [comme My Song (Garbarek/Jarrett) À 11$], mais aussi nouveautés en haute-résolution 24/96. ECM s’est toujours distingué par des masterings impeccables, et à part le fameux Köln Concert, aucun disque n’as bénéficié (ou n’a eu besoin) d’un remasterring.

Simplement, la même son impeccable, la même qualité musicale, à quelques minutes de votre serveur, comme un gage de pérennité au milieu de ces rééditions aux remasterings criards ….

Tenez, vous en êtes en manque d’inspiration? Je vous conseille un truc d’une beauté bouleversante, une rencontre surprenante entre plusieurs cultures: le pianiste norvégien Jon Balke, la chanteuse marocaine Amina Alaoui, le trop rare trompettiste canadien Jon Hassell (oui, celui de la formidable collaboration avec Eno, Fourth World: Possible Musics) ainsi qu’un ensemble baroque, le tout capté par l’indispensable ingénieur-maison Jan Erik Kongshaug. On écoute ça, et on se dit qu’au-delà de l’esthétisme, de la qualité sonore, au-delà du jazz et de la musique improvisée, certains musiciens arrivent encore à capter une idée de la Beauté qui résiste aux descriptions, que les mots ne peuvent rendre.  Et que dans le monde déliquescent de l’industrie musicale, il y a encore des producteurs qui arrivent à jouer leur rôle de phare et d’aimant. Manfred Eicher en fait partie.

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3 commentaires

  1. Merci ! Simplement merci pour toutes ces informations sur ECM, une étiquette que j’affectionne par l’intégrité que ses membres ont su maintenir au fil des décennies.

    On taxe trop souvent ECM d’une certaine froideur, HUM ! Se pourrait-il que l’emphase mis sur les cymbales et autres percussions du même type soit la raison de cette réputation. Ces instruments de musique n’ont pas une grande chaleur à dispenser surtout lorsqu’ils sont enregistrés convenablement.

    HDTraks me voilà !

    Richard

    • Ah oui,… le « shimmering » des cymbales de Paul Motian… quand je pense à la qualité sonore des enregistrements ECM, je pense TOUJOURS au son de la batterie, que leurs ingénieurs rendent mieux que personne. Même s’il leur arrive de leur donner une image sonore de 20 pieds de large! Connais-tu le très beau « Garden of Eden » du Paul Motian Band? Un régal pour les amateurs de batterie dans un bain de l’anti-bop très particulier du célèbre batteur de Bill Evans *et de dizaines d’autres)

      • Salut Rouge Taureau,

        Non je ne connais pas cet enregistrement de Paul Motian. Je connais peu cet artiste et je me promet bien de me procurer quelques enregistrements du bonhomme.

        Tu as raison à propos de la batterie qui apparaît tout d’un coup dans l’image et prend toute la place. J’ai toujours cette impression d’écouter un clip vidéo, du moins c’est comme si c’était traité comme tel. Après le solo, voilà que la batterie reprend sa place, son volume aussi.

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