Astral Weeks sur HDTracks – les voûtes s’ouvrent pour Van Morrison

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Ça ne faisait pas deux semaines que, dans la foulée de la réédition très attendue de Moondance de Van Morrison, j’appelais de tous mes voeux le remastering de son ultime chef d’oeuvre, Astral Weeks, que voilà qu’il était annoncé, en version hires, sur HDTracks!

Cette fois, pas de suppléments, de prises alternatives, de pièces inédites: seulement les 47 minutes de la sublime musique du troubadour irlandais, enfin remasteré après des décennies d’attente. Contre la volonté de l’artiste, faut-il le rappeler.

Connaissez-vous Astral Weeks? Enregistré à l’automne 1968 par le leader de Them, à l’époque connu autant pour sa sauvagerie à l’égard de la business musicale que pour son hit « Gloria » (repris plus tard par Patti Smith), c’est un moment de fusion jazz-folk unique entre un chanteur aux abois, dont la carrière semble être en cul-de-sac, et des virtuoses jazz triés sur le volet (Connie Kay, Richard Davis) pour venir habiller des compos personnelles, simples, vibrantes. Le tout, sous la chape protectrice de sa compagnie de management, qui isole Van The Man des pressions indues des labels pour lui permettre de communier avec sa muse.

Entouré de performers sensibles, habitués à l’improvisation et à l’écoute, Van découvre une liberté d’expression qui va le libérer à jamais de son étiquette d’interprète rhythm n’ blues

Mon premier vrai contact avec la musique de Van Morrison, ce sont trois pièces qui forment le coeur d’Astral Weeks: Cyprus Avenue, The Way Young Lovers Do, Madame George. 20 minutes de musique qui demeurent pour moi un moment de grande fulgurance. Comme découvrir Dylan, comme entendre pour la première fois Joni Mitchell; il y a ce moment où j’entendais pour la première fois Van Morrison, et que je comprenais, en quelques minutes, que certains musiciens ont en eux un monde si grand qu’on touche quelque chose qui dépasse la pop ou le rock. Imaginez un roman formidable qui vous traverse en quelques minutes.  C’est un peu ça.

J’écoutais, fasciné d’abord, puis assez ému, les longues mélopées de ce chanteur celte passionné, raconteur-né, poète habité, évoquant parfums, lumières de nuit, rues s’étendant au loin, femmes derrière des fenêtres, pendant qu’autour, des pulsations de contrebasse, des glissandos de cordes, de trilles de flûte, des accords de guitare classique déroulent autour de ces mélodies simples et mémorables des volutes improvisées, comme si le jazz agrandissait sans fin le canevas des compos de Morrison.

Un grand disque, donc, desservi par un remastering numérique unique à la grandeur du globe, datant des années ’80, témoin des relations funestes de Morrison avec l’industrie. J’écrivais, il y a deux semaines, que le son en était quelconque; et c’est dommage, car la beauté des arrangements improvisés et des cordes subséquemment ajoutés par l’arrangeur Larry Fallon (avec le célèbre accompagnement au clavecin de Cyprus Avenue) est perceptible même à travers le voile sonore du disque domestique. On pouvait donc espérer vivre une révélation avec la version haute résolution de HDTracks.

Mais alors que jouent dans mes moniteurs les pièces de la version 24 bit-96 kHz, et que je bascule de temps-en-temps vers la version domestique redbook, j’ai la (désagréable) impression que, de nouveau (tendance récente de l’industrie), on s’est contenté de faire un transfert numérique des bandes maîtresses, sans que l’ingénieur au mastering ne fasse autre chose que d’appuyer sur les boutons et de surveiller les « scopes ». Bien sûr, c’est un peu présomptueux de ma part de le dire, et je ne pourrais l’affirmer, particulièrement parce que je n’ai jamais entendu les bandes maîtresses (je peux bien rêver!): mais la vitesse avec laquelle les transferts numériques de Warner apparaissent sur le marché laisse supposer qu’après des années de remasterings affreusement interventionnistes (EQ extrêmes, compression dynamique), on est possiblement passer à l’autre extrême: masters de production, EQ dubs, sont transférés sans interventions; le rêve de certains, pas nécessairement le mien.

Car écoutant un needledrop d’un vinyle masteré par Kevin Gray et Steve Hoffman en parallèle des deux autres versions dans mon serveur, je trouve soudainement à la version HDTracks les mêmes problèmes qu’au CD domestique: un manque de sympathie du son, où l’architecture apportée par la contrebasse de Davis et le chatoiement des autres instruments (acoustiques) est gobée par une sorte de voile numérique qui se confond avec la voix peu profonde de Morrison. Voile qui est plus clair en 24/94 qu’en 16/44.1. Mais qui nous tient à la même distance de ce qui dut être un grand moment de communion musicale en studio. La version Gray/Hoffman, elle, s’accroche visiblement à cette basse comme à un phare sonore, et on dirait que les cordes, la voix, les cuivres, mieux différenciés, prennent mieux leur place. C’est particulièrement frappant sur « Sweet Thing ».

Va bien falloir que j’investisse un jour dans mon système analogue!

En attendant, si vous ne connaissez pas l’oeuvre, dîtes-vous qu’Astral Weeks transcende largement ses (relatifs) problèmes sonores. Un disque indispensable dans toute collection, quel que soit son format.

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1 commentaire

  1. Van Morrison, comme tant d’autres, n’a pas fait partie de mon univers musical de jeunesse et la lecture de ton texte est toujours une inspiration à l’écoute, à la découverte. Ce que je me promet de faire, mieux tard que jamais.

    J’aime bien ta dernière phrase.

    Il m’est apparu clairement qu’il y a idéalisation entre la profondeur de l’oeuvre et les moyens techniques de reproduction, ici analogique et numérique. Il est souhaitable d’avoir en main un enregistrement de haut vol d’une oeuvre qui nous touche l’âme mais est-ce possible ? Surtout est-ce souhaitable ?.

    N’avons-nous pas un souvenir idéalisé de cette musique écoutée sur une chaîne qui à l’époque n’avait de hifi que le petit collant sur la façade de l’ampli. Les bruits de fond, chuintement, le « wow and Floater » (tu te souviens) les click et plock qui étaient là sans que l’on s’en formalise. Il n’y avait cette musique qui mettait de bonne humeur.

    Aujourd’hui, la technique numérique permet de nettoyer, enlever, lisser ces vieux enregistrements. Le danger n’est-il pas d’oublier la musique qui est prise en otage de la technique et de nos souvenirs. Je me permet d’insister sur les souvenirs que nous gardons de ces écoutes « sixteenes ». Des souvenirs magiques créés par la musique mais aussi des circonstances. Souvenons-nous de Tubular Bell, Foxtrot, Crime of the Century, Dark Side of the Moon, Fragile etc. Quels sont ces souvenirs qui restent ? Aujourd’hui ne manque t’il pas de « patchouli », de jeans percées, des filles et de gros coussins, à ces écoutes d’une autre époque.

    Dans tout ce débat de fond, n’avons-nous pas oublié notre évolution personnelle en tant qu’audiophile oui mais de mélomane aussi. Jeter une oreille audiophile sur ces enregistrements, « remasteriser » ou non, avec toute l’expertise d’écoute acquise par chacun d’entre nous, n’est-il pas voué à la déception si pris sans ces précieux souvenirs ?

    Ma réflexion ne renie pas ces grandes oeuvres mais de les remettre en contexte et comme tu l’écris, peu importe le support, les savourer pour ce qu’elles sont et nous rappellent. La musique n’a t’elle pas le pouvoir de transcender ? Si tant est que l’on ne s’enfarge pas avec de bêtes conditions techniques.

    Mais là je répète ce que tu as écrit.

    Richard

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