NOUVEAUTÉ FRANCO: Philippe B en mode heureux

Déjà trois ans nous séparent des envoûtantes Variations fantômes de Philippe B.  Trois années pendant lesquelles le jeune auteur-compositeur-interprète d’Abitibi a prêté son talent, son oreille, son flair pour les arrangements qui font mouche, à plusieurs autres artistes: Groenland, Isabelle Boulay, les soeurs Boulay, Carl-Éric Hudon, Pierre Lapointe. Mais l’oiseau nocturne vivait en parallèle une mue amoureuse, et son nouvel opus, Ornithologie, la nuit, a quelque chose de l’aurore: lorsque l’horizon frémit et se réchauffe, sous la poussée du jour naissant.

Philippe B 03C’est connu, la mélancolie et les ruptures font naître de bien belles musiques, et avec ses Nocturnes, ses trouvailles sonores (délicieux sampling classiques) et ses mélodies en mineur, les Variations fantômes étaient belles comme des nuits de pleine lune. Mais l’albatros d’Abitibi ne se répète pas aujourd’hui, et ne se renie pas non plus. Simplement, sa plume, sa voix et sa musique sont au service d’émotions plus lumineuses.

Ses textes demeurent des pépites de quotidien polies, pas si loin d’un Rivard, mais avec de petites bulles hallucinées, façon Prévert: l’Ornithologie de nuit demande une caméra très sensible et une grande ouverture de coeur, et Philippe B a cette sensibilité qui sait rendre romantique l’idée d’un calorifère qui chauffe, et rendre magnifique la mue d’un serpent.

Alors, le disque nous promène à travers un cycle amoureux s’étendant sur quatre saisons, quatorze titres, qui est en même temps un bel hommage à la pop bien façonnée, façon Paul Simon: écoutez « Biscuit chinois« , et vous comprendrez que Philippe aime et sait faire de la très belle pop. Et que dire de Calorifère, L‘année du serpent, Ornithologie II ? Une poésie du quotidien, chantée et grattée avec sincérité, des arrangements de cuivres et de vents, à la fois discrets et opulents (magnifique travail des timbres)… un très beau travail sonore, au service d’émotions que je dirais plus printanières qu’automnales.

Ceux qui l’ont découvert dans les Variations fantômes pourraient regretter la délicieuse douleur mélancolique de celles-ci;  il y a dans Ornithologie des moments qui sont presque trop faciles et heureux. Presque fleur bleu. « Nous irons jusqu’au soleil » par exemple. Certaines pièces font la belle part au piano (qu’il joue de manière, disons, modeste)  et à des voix féminines qui les lissent peut-être un peu. Puis au moment où notre intérêt s’étiole, l’artiste nous amène dans l’intense Année du serpent,  puis dans la parfaite Ornithologie 2. Et que dire de La maison sauvage? Une valse impressionniste qui part en vrille dans une beauté orchestrale qui vous reste en tête. tel un bel arrangement de Nino Rota.

On se surprend, dans notre monde qui valorise la violence et la provocation, de trouver parmi nos jeunes artistes des gens qui savent préserver et chanter la beauté simple. Philippe B est de ceux-là. Cet album nous le confirme comme une voix singulière et une présence indispensable de notre paysage pop. C’est un disque qui s’écoute souvent, et ce n’est pas si courant.

Le clip de Calorifère

Calorifère, version « acoustique »

(une initiative du journal Le Devoir)

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s