Les rééditions de l’automne: Dylan, Led Zep, Jimi…

Ça y est, l’automne descend en spirale sur nous pendant que les volières d’outardes se placent en formation et nous laisseront (bientôt) « dans la sloche, un transfert entre les dents » (dixit Robert Charlebois).

Lorsque nous ne les entendrons plus lancer ce mélancolique cri qui annonce l’arrivée des froids d’automne, il sera toujours temps d’écouter nos amis ailés dans des oeuvres qui les mettent en vedette, comme le célèbre Cantus Arcticus de Einojuhani Rautavaara , une oeuvre poignante et triste et scandinave s’il en est une.

Oui, je vous conseille de laisser rouler pendant que nous parlerons de rock classique! C’est une musique qui accompagne bien les discussions sur les oeuvres anciennes!

Qu’attendons-nous sur le front des rééditions, cet automne?

Je veux dire à part la suite des exhaustives et épuisantes rééditions de Bob Dylan?

Americana circa Woodstock 1967

Vous avez un petit 150$ à investir pour un disque-phare de l’Americana, circa 1967?

Car on en est aux mythiques Basement Tapes, avec Robbie Robertson et The Band, disque qui à l’origine n’en fut pas un, comme vous le savez sans doute, mais fut le bootleg le plus célèbre de l’histoire, faisant la chronique de la vie de reclus du Bob Dylan post-traumatique de la fin des années ’60, alors qu’il redécouvre la famille, la campagne, l’anonymat et l’Americana, caché à Woodstock?]

Bootleg Series Vol. XI - Bob Dylan - Basement Tapes

Bootleg Series Vol. XI – Bob Dylan – Basement Tapes

Stairway to Heaven, haute-résolution!

Mais peut-être voulez-vous une musique plus fougueuse pour votre automne. Et vous serez servis, avec bien sûr la suite des rééditions des albums classiques, indispensables, de Led Zeppelin, les 27 et/ou 28 octobre, avec le classique des classiques, l’anonyme quatrième album (aussi connu sous les noms de Zoso ou de IV), en compagnie de leur album le plus progressif  (quelle que soit la signification de cette appellation si peu contrôlée), Houses of the Holy.  Aimez-vous ces rééditions? En appréciez-vous le mastering, les bonus, les versions haute-résolution? Ragez-vous devant l’absence de bonus vraiment surprenants, vidéos en concert ou remix multi-canaux?

Zoso

Houses of the Holy

Nous reviendrons sur ces rééditions surprenantes de modestie bientôt! Et en particulier pour parler de leur sonorité.

Jimi, encore une fois

Mais les rééditions les plus surprenantes à arriver chez les disquaires en ces premiers jours de froid, ce sont certainement les rééditions de deux albums posthumes de Jimi Hendrix, Cry of Love et Rainbow Bridge.

Oui, oui, les albums effacés du catalogue il y a déjà belle lurette font un retour remarqué sur Sony Legacy, plongeant plusieurs fans dans le ravissement, mais d’autres dans une perplexité sans nom.

Y a-t-il sur la surface du globe un être dont le catalogue musical est plus complexe que Jimi Hendrix??

Pour ceux qui n’ont pas encore abusé de leurs synapses à suivre les méandres tortueux du catalogue Hendrix, je vous offre cette petite mise en contexte.

« Cry of Love »

Expérience post… experience

Vous le savez peut-être, après ses mythiques trois premiers albums, Hendrix a dissous son groupe, Experience, et s’est dissocié de son manager, celui qui l’avait amené en Angleterre et avait assuré son ascension rapide dans la stratosphère rock, Chas Chandler.

S’en est suivi une intense quête artistique car vraiment, après le double Electric Ladyland, qu’y avait-il d’autre à dire dans une veine blues-rock-psychédélique?

Il ne faut néanmoins pas croire que Hendrix se traîne les pieds. Plus actif que jamais, il multiplie les explorations, les rencontres, les projets, jamme avec Steven Stills, Al Kooper, John McLaughlin, Steve Winwood, Jack Cassady, explore l’idée de travailler avec Miles Davis et Paul McCartney, dans un des rendez-vous manqués les plus célèbres de la petite histoire du rock. Il se produit à Woodstock avec un groupe bigarré, le Gypsy Sun & Rainbows (un batteur, deux percussionnistes), puis, insatisfait du manque de progrès du groupe, évolue dans une direction plus funk avec Billy Cox et le batteur Buddy Miles et fonde le Band of Gypsies, immortalisé par un album en spectacle. Mais Buddy Miles se voit comme leader du groupe  et le groupe se dissous en plein concert! Nous sommes en janvier 1970.

Et pendant tout ce temps, Hendrix enregistre, enregistre, enregistre. Tout en bâtissant son propre studio, le Electric Lady, à New York, pour obtenir encore plus de contrôle artistique sur sa destinée.

Si vous vous demandez à quoi peut bien servir un gérant/producteur à pareil génie, le cas de Hendrix est un excellent exemple: sans personne pour lui tenir les rênes et l’obliger à construire un album cohérent, l’hyperactif Hendrix, déjà un peu dispersé sur Electric Ladyland, explore sans date de tombée, dans toutes les directions. Le mythique double-album qui doit témoigner de sa nouvelle vision artistique, First Rays of the New Rising Sun, est sans cesse remis en chantier. On s’approche de la vérité en août 1970, alors que Hendrix fait d’intenses sessions de mixage dans l’Electric Lady Studio, qu’il vient d’inaugurer. Mais son calendrier de concerts est plein et il faut payer les coûts de construction de son studio: il part en Europe en tournée, avec le Experience reformé. Il ne reviendra jamais.

« Rainbow Bridge »

Albums posthumes

N’entrons pas dans les discussions légales complexes, qui sont franchement déprimantes. Disons simplement qu’avec un album-double presque complété et une pile de factures haute comme un stack de Marshall, il était écrit dans le ciel qu’une flopée d’albums posthumes allaient voir le jour. Inconsolables, mais désireux de rendre un hommage à leur ami, son batteur Mitch Mitchell et son ingénieur de son Eddy Kramer se prêtent au jeu au début: complétant certaines sessions inachevées et achevant des mixages, le duo livre trois albums posthumes: Cry of Love, Rainbow Bridge et War Heroes, avant que Kramer, écoeuré par l’appétit vorace des labels, lance la serviette et déclare qu’on a gratté le fond du baril. Qu’à cela ne tienne: un producteur assez bien coté, transformé en fossoyeur musical, Alan Douglas, a le contrôle du catalogue et à l’aide de son sbire Bongiovi (eh oui, le père de Bon Jovi), multiplie les récupérations douteuses et sort régulièrement de nouveaux albums où ils va parfois jusqu’à ajouter des parties de guitare avec des musiciens de studio! Conspué par les puristes, Douglas ne se gêne pas pour déclarer en entrevue qu’il retire du catalogue certaines pièces que sa fille de 14 ans juge ringards, et autres provocations stupides!

Puis un jour de 1995, après une longue bataille légale, la famille de Jimi Hendrix récupère le catalogue: Experience Hendrix est né. Une de ses premières ambitions: restaurer et lancer le fameux double-album sur lequel travaillait Jimi dans ses derniers jours: First Rays of the New Rising Sun.

C’est chose faite en 1997. un album de 70 minutes voit le jour et donne une idée de la direction que désirait emprunter Hendrix.

« First Rays of the New Rising Sun »

Le seul problème, c’est que personne n’est totalement satisfait.

D’abord le son est à chier!

Ensuite, le choix des pièces et leur séquençage a soulevé plus de questions qu’il n’a apporté de réponses.

Très compressé, avec une nette prédominance pour les hautes fréquences granuleuses, First Rays est une victime typique de la « loudness war » qui atteignait son paroxysme fin des années ’90. (les albums légitimes du catalogue, réédités à la même époque, portent les mêmes stigmates) Ajoutez à cela la production très (trop) dense de Jimi, très rock FM seventies, et comprenez que cet album, qui devait sceller le débat du Hendrix post-Experience, a laissé tout le monde un peu sur sa faim. Certains allaient même regretter que Experience Hendrix ne remette pas en vente les disques posthumes d’époque, les Cry of Love et autres Rainbow Bridge. Après tout, ses fans de la première heure avaient porté le deuil en écoutant à plus soif ces versions! Ça laisse des traces!

Experience Hendrix: du bon, du très bon, de l’excellent… et des questions!

The Jimi Hendrix Experience (Purple Box)Experience Hendrix, disons-le, a réussi d’excellents coups par la suite! Ne serait-ce que pour les deux coffrets de quatre disques rassemblés avec l’aide de Kramer, The Jimi Hendrix Experience (aussi appelé The Purple Box) et West Coast Seattle Boy, deux de mes possessions les plus chères! Une plongée dans le meilleur des innombrables bandes laissées par le prolifique guitariste-chanteur-compositeur. Le Live At Winterland (quatre disques encore) a été célébré. Le label parallèle Dagger Records a fait tripper les aficionados par des rééditions de live et de jams inédits.

Mais plus récemment, on dirait que Experience Hendrix a du mal à accoucher d’une vision cohérente du catalogue. Toujours à la remorque du nouveau disque à lancer, on commence à faire des rapprochements douteux et même à emprunter quelques trucs du sac de Alan Douglas!

On ne boudera pas notre plaisir: Valleys of Neptune (2010) et People, Hell And Angels (2013) comprennent des joyaux. Mais ces collections éparses, sans vraies lignes directrices, sont de drôles de créatures, aussi judicieux soit le sequencing (et il l’est!) et tripatif le son (et il l’est aussi!). Il y a même des overdubs de Mitch Mitchell des années ’80! Et voilà que Eddy Kramer déclare (à nouveau) qu’on a atteint le fond du baril!

Et voilà qu’on ramène Cry of Love (qui est complètement inclus dans First Rays of the New Rising Sun) et Rainbow Bridge (dont plusieurs titres sont sur First Rays).

J’ai une couple de suggestions!

Hey, pourquoi pas une véritable édition Deluxe, augmentée, de First Rays of the New Rising Sun, avec un son audiophile!

Et des versions Deluxe, avec mixages monos, prises alternatives et pièces inédites des trois albums du catalogue initial, pour le moment dispersés dans une myriade de rééditions et coffrets!

Après tout, Sony Legacy (qui est partenaire avec Experience Hendrix) n’a-t-il pas fait un travail exemplaire en rééditant le catalogue d’un autre géant: Miles Davis?

Et il y a bien sûr ce mythique concert au Royal Albert Hall, empêtré dans les problèmes légaux, et les sessions acoustiques Black Gold, qui sont le Saint-Graal de tout aficionado qui se respecte

La bonne, la très bonne nouvelle, c’est que le rematriçage des deux albums a été confié à un ingénieur d’excellente réputation: Bernie Grundman. Et les premiers rapports confirment ce que tous espéraient: jamais ces deux albums n’ont mieux sonné sur CD!

Alors, Cry of Love et Rainbow Bridge, j’achète???

Well, well… juste l’idée d’entendre le mythique Hear My Train A Comin’ en son audiophile… Que voulez-vous? La chair est faible!

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