REEDITION: Tears for Fears et son disque-phare, Songs From The Big Chair

Oui, les années ‘80 ont aussi produit de grands classiques de l’histoire du rock. Et ce n’est pas verser dans l’hyperbole que de ranger le second album de Tears for Fears, Songs From The Big Chair, aux côtés des plus grands.. Le Canada en particulier fut sensible à cette oeuvre complexe, où se côtoient instinct pop, refrains fédérateurs et une production des plus complexes, atteignant des sommets de 72 pistes par moments!

Sept fois platine au Canada, au sommet des palmarès américains, allemands, canadiens et tout juste deuxième dans leur patrie britannique, en Nouvelle-Zélande, et en Hollande. 12 millions de copies vendues. Impact massif, flopées de hits dont l’immortel hommage à la thérapie du cri primal, Shout. Vous en connaissez beaucoup, de hit singles, voulant rendre hommage à une thérapie psychanalytique?

Pas surprenant qu’on célèbre aujourd’hui le 30e anniversaire de ce grand album par une réédition massive, en multiples déclinaisons: 1 CD, 2 CD, édition Super Deluxe (4 CD et 2 DVD), ou encore édition PureAudio Blu-Ray, offrant pièces inédites, versions alternatives, chutes de studio, live, docu, vidéos et même une version 5.1.

Mais aujourd’hui, Pulsion Audio s’intéresse particulièrement à la version téléchargeable haute-résolution offerte par le détaillant Internet montréalais ProStudioMasters. Car outre un rematriçage tout neuf du mixage original, on y trouve, en bonus, un remixage stéréo 24/96, créé à partir des bandes multipistes originales, par l’omniprésent Steven Wilson.

Le bonheur audiophile? Est-ce possible, quand on parle de musique des années ‘80?

Un disque avec du souffle

L’album débute avec un Shout; il se termine avec un Listen (ce qui n’est certainement pas un hasard). Et entre les deux, un pacing futé nous rappelle qu’au-delà de la collection de pièces, Songs Fron The Big Chair est un album, dans le plus beau sens du mot.

On n’a pas oublié les hits de cet album, ShoutEverybody Wants To Rule The World et autres Head Over Heels, entre autres parce qu’elles sont régulièrement reprises par d’autres artistes (LordeNAS), consacrant la qualité d’écriture du duo britannique. Mais j’avoue avoir un faible marqué pour les autres pièces de l’album. Ce qui me glue à mon siège, c’est la complexité rythmique délirante de Mother’s Talk (72 pistes synchronisées!), avec sa finale psychédélique pas si loin de King Crimson; c’est le blues feutré I Believe; c’est surtout cette finale de quatre pièces fondues l’une dans l’autre, qui forme le corps de la face B de l’album, et qui se clôt sur la superbe Listen.

On est loin du synth-pop prévalent à l’époque. On est même quelques coudées en avant de l’excellent premier album du duo.

Le tout servi dans un beau gros son analogue, avec moultes guitares électriques, orgue, piano, batterie et percus, servi par un excellent mixage.

Mixage qu’on peut apprécier mieux que jamais sur cette version haute-résolution, qu’on a eu le bon goût de ne pas compresser dynamiquement. Mixage original, mastering transparent, haute-résolution. Que demander de plus?

Mais alors, pourquoi remixer?

Un remixage, pourquoi?

Parce que justement, réduire du 24, 48 ou 72 pistes à un son stéréo dans le domaine analogue implique une perte de génération qui, dans une production aussi complexe, va fatalement résulter en une perte de détails et de focus sonore. Plus encore lorsqu’on parle de pièces fondues l’une dans l’autre (la fameuse suite de la face B): parce que dans ce cas, pour créer ces fondus enchaînés, on doit d’abord faire une copie stéréo de chaque pièce (première génération perdue), puis mixer ensemble ces copies dans un master final (deuxième génération perdue). Le résultat: un son dense. Hyper-dense. Hypo-oxygéné. À deux doigts d’être confus. Impossible à résoudre, pour le commun des mélomanes et son système de son normal.

C’est là que Steven Wilson entre en scène. Ayant accès aux multipistes originales, il les transférera en 24/96 dans le domaine numérique puis, minutieusement, recréera le mixage original, sans perte de génération. Du moins c’est le plan.

Car Steven Wilson aime le mixage original. Profondément. En entrevue, il dira ceci:

It’s a matter of taste whether it sounds better than the original mix. More clarity in places perhaps, but the original mix is great and definitive, so I would say the new mix just sounds different, not better.

Mais alors, différent comment?

La différence, on la perçoit immédiatement. Dès Shout. On la perçoit dans la basse. La basse, discrète dans le mixage original (selon la mode des années ‘80), est archi-présente et puissante. Son appui aux pistes rythmiques complexes de l’album donne à cette version remixée un impact viscéral profond. Ça sonne et ça résonne. Jamais Mother’s Talk n’aura sonné aussi percutante. Même chose pour Broken.

Mais Steven Wilson a été plus loin:

”One thing that does differ very slightly to the original is that I backed off some of the extreme use of reverb on some mix elements. The trend in the mid 80’s was definitely to have everything bathed in massive arena-sized reverbs, and I certainly have not changed that approach or the overall sound world of the album, which is supposed to sound huge and epic after all. It’s more a subtle tweak that just gives the impression of the instruments and vocals being slightly more present or “up front” in places.”

Résultat: un son pas mal plus musclé, surtout rythmiquement; des solos (guitares et claviers) plus mordant; je dirais même un petit parfum “prog” qui flotte dans l’air (claviers de Broken), parfum qui auparavant était perdu dans le magma sonore. Écoutez Head Over Heels par exemple: la basse est soudainement beaucoup plus présente, et la voix, nettoyés de son reverb, est plus directe.

Et pourtant…

Malheureusement, avant de donner à Steven Wilson la palme d’un mixage définitif, on va se garder une petite gêne. Car certains choix ont eu des impacts moins positifs.

Wilson privilégie nettement la rythmique. C’est clair, pièce après pièce. Parfois, l’impact est vraiment moins subtil que ce qu’annonce la citation plus haut. C’est, en définitive, une relecture moderniste, une nouvelle conception du son.

Et parfois, elle me semble trahir l’esprit de certaines pièces. L’entrée de guitare de Shout, à 1:51 a perdu tout impact (mais le bridge de claviers, à 3:14, est rien de moins que glorieux.) Et que se passe-t-il sur les pistes vocales de Listen? Cette pièce, dans ses nouveaux habits, ne tient pas la route lorsqu’on la compare à la version audiophile de 1987 (MFSL). Dont on dit qu’elle provient de bandes maîtresses différentes (!). Hmmm, rien n’est parfait en ce bas monde. Ni complètement clair.

Ah, un dernier point. Si votre système est transparent. Et si vous êtes sensible à la compression dynamique. J’ai une mauvaise nouvelle. Je vous ai dit que le remastering du mixage original n’était pas compressé dynamiquement. Malheureusement, je ne peux dire la même chose du remix.

C’est léger. C’est respectueux. Mais c’est là. Et ça s’entend, par moment.

Ça se voit aussi.

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Autre point technique. Un peu délicat.

La haute-résolution.

Shout: en vert, le remaster du mixage original. En mauve, le remixage.

Aujourd’hui, annoncer des « specs » à, par exemple, 24/96, est un argument de vente presque incontournable, pour que l’audiophile ait une preuve objective qu’il paie pour un surcroît de qualité, par rapport au CD (qui est 16/44.1).

Il est généralement accepté par les audiophiles que le 24-bits est l’élément le plus important de cette équation. Mais pour différentes raisons, le 96 kHz exerce une fascination chez les mélomanes.

Or, dans ce cas-ci, il convient de mentionner que lors des étapes menant à la fabrication des bandes maîtresses originales, une certaine étape a tronqué toute l’info au-dessus de 20 kHz. On parle ici du mixage original.

En retournant aux bandes analogues multipistes, Steve Wilson se trouve à éviter cette étape.

Bizarrement, dans le cas du remix, c’est toute l’info au-dessus de 28 kHz qui semble absente.

Est-ce significatif? Je ne crois pas. Mais il serait sans doute souhaitable que l’industrie de la musique soit plus rigoureuse lorsqu’elle annonce des « specs » techniques qui s’avèrent fausses.

Verdict

Et donc, vous qui aimez Tears for Fears et qui voulez revisiter ce disque-phare de votre adolescence, vous faîtes quoi?

Ça dépend du type de mélomane que vous êtes.

Vous aimez le multi-canal? Ce remixage n’est disponible que sur le BluRay et la version Super Deluxe (4CD + 2 DVD).

Vous aimez les chutes de studio, versions alternatives et autres maquettes? Là vous serez servis, dans toutes les éditions, même l’édition 1 CD… seule l’édition téléchargeable n’en comporte aucune.

Vous ne jurez que par la haute-réolution et ne vous préoccupez pas du reste? Alors c’est définitivement l’édition PRO STUDIO MASTERS qu’il vous faut.

Ah, les amateurs de vinyle ne sont pas en reste: sachez que le remixage stéréo de Steven Wilson fait aussi l’objet d’une édition en vinyle!

Une chose est sûre cependant: ce disque a extrêmement bien vieilli. Dans sa facture Steven Wilson, il apparaît plus moderne que jamais. Et ne laissez pas les hits occulter le reste: ce disque s’écoute du début à la fin, dans un grand bonheur.

TEARS FOR FEARS
Songs From The Big Chair
1985
http://www.prostudiomasters.com/album/page/2456

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1 commentaire

  1. Merci pour cette critique et surtout d’avoir illustré les différentes entre les mixages, l’original était pas mal…j’ai hâte d’écouter la mouture de S.Wilson.
    Pour la limite à 28KHz les magnétophones analogique ne montait pas nécessairement à plus de 20kHz…

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