Une chanson vs le monde entier

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Jack White, The Edge, Jimmy Page: les tripes décryptées sur six cordes

De toutes les révélations du sinueux documentaire musical It Might Get Loud, celles qui impliquent Jack White et son enfance « pas cool » dans un dur quartier  de Détroit, sont les plus intéressantes. Sa première guitare; en paiement d’un déménagement dans un bazar de la St-Vincent-de-Paul; sa marginalité de musicien dans un monde de rappers et djs; son enfance, dernier d’une famille de 10,  dans une chambre 7×7 pas de lit, mais avec deux sets de drums et un gros ampli de guitare; disons-le, en terme de vécu, Jack White n’avait rien, mais rien à envier aux bluesmen d’antan, qui ont remonté le Mississipi jusqu’à Chicago avec juste une guitare et pas mal de rage au coeur.

 

Son déclic musical? La pièce que ce mélomane notoire préfère entre toutes? Le deux minutes qui allait changer son destin musical à 18 ans? Celle qu’il essaie encore, toujours de reproduire? « Grinning In Your Face » du redoutable Son House, le bluesmen dont la rumeur dit qu’il a purgé du temps de prison à la suite d’un meurtre dans les années ’20,  celui qui cassait ses cordes de guitare tellement il jouait avec rage, qui a écrit la déchirante  Death Letter Blues (reprise bellement par Cassandra Wilson). Celui que les années ’60 ont redécouvert trop tard, en même temps que les Robert Johnson, Skip James et autres bluesmen du delta.

Une chanson, contre le reste du monde, dit White. Le son agressif, saturé, déjanté de White, son phrasé mordant et criard (tant celui du guitariste que du chanteur) ce serait pas comme si Son House avait commencé avec une guitare électrique? Son House et Jack White en duo: c’eut été fantastique.

On peut passer à côté du blues toute sa vie; le trouver répétitif, simpliste; se vautrer dans la complexité musicale d’un Weather Report, d’un Robert Fripp. Et puis un jour, on entend un blues si viscéral, poignant et parfait que tout le reste devient comme la danse d’un paon.

Moi ça été Skip James et son Hard Times Killing Floor Blues.

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Jack Bruce (1943-2014): « He’s got time »

« He’s got time ».

De la bouche (et des canons) de Ginger Baker, batteur fou du premier power-trio de l’histoire, c’est le plus grand compliment qu’il puisse faire à un autre musicien.,

Cream, en répétition pour leur réunion de 2005

Cream, en répétition pour leur réunion de 2005

Avant Jimi Hendrix, avant Led ZeppelinCREAM a littéralement créé le hard-rock d’aréna, patiné d’une grosse dose de blues. 18 mois, 3 albums studios avant que la (trop) forte personnalité des musiciens ne fasse imploser le groupe, Les ingrédiens de cette crème imparable: bien sûr, la force propulsive incroyable du batteur Ginger Baker, fou furieux des peaux, et la guitare de « God » Clapton. Mais aussi, cette voix falsetto, si particulière, et le flair pop du chanteur-bassiste Jack Bruce, qui, malheureusement, nous a quitté la semaine dernière.

En souvenir, une petite dose de blues-rock-psychédélique de 1968.

Et si vous voulez savoir pourquoi un groupe si populaire et si accompli a pu se saborder en un temps si court, il faut absolument voir un formidable film: Beware of My Baker (entre autres sur Netflix): parfum d’époque et plongée dans le cerveau dangereux de Ginger Baker, avec plusieurs moments hilarants où Clapton et Bruce racontent leur explosive dynamique à trois.