DISQUES AUDIOPHILES

Ambiant sound – michael BROOK

2013-03-19 09-01-08_0360Lorsqu’on pense « Ambiant Music », on pense beaucoup à Brian Eno, Jon Hassell, voire Daniel Lanois. Mais les multiples manipulations sonores de ces alchimistes peuvent entraîner comme effet secondaire des timbres timorés, vaporeux ou très éloignés des timbres originaux   Mais si vous voulez combiner un son richement texturé,  des ambiances denses et des compos bien déployées, on ne saurait trop vous conseiller le magnifique Cobalt Blue de Michael Brook, inventeur du « Infinite Guitar » (adopté plus tard par The Edge), guitariste sur le formidable Damage Live de David Sylvian et Robert Fripp et coloriste invité sur une plusieurs albums dans la constellation Eno, qui participe d’ailleurs à Cobalt Blue. D’ailleurs, en termes de richesse sonore, le nom de cet ancien employé de studios, aujourd’hui recyclé en musique de films, restera associé (comme producteur) à un mini-LP québécois au son remarquable, le très beau Évapore de JoRane.

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BATTERIE SONORE

Ce n’est sûrement pas ce qu’il y a de plus audiophile, mais je me fais plaisir, allez. Les jeunes générations qui ont têté le sein famélique du rock circa années ’80 et l’insupportable son de batterie qui l’a accompagné ne savent pas quelle merveilleux physicalité donne au rock une batterie bien enregistrée et pas trop « processée ».  Et à ce jeu d’impact percussif, deux enregistrements sonores que j’adore.

Led Zeppelin – « In My Time Of Dying » / The Pixies – « Where Is My Mind? »


La batterie de John Bonham est si essentielle au son du groupe que jamais, au grand jamais, messieurs Page et Plant, dans toute leur grandiose pompe, n’ont osé apposer le nom du célèbre dirigeable sur des galettes sans que le nom Bonham ne l’accompagne. « When The Levee Breaks Down » sur IV est souvent cité pour son exemplaire son de batterie (l’anecdote de son enregistrement m’échappe pour le moment), mais ma préférée demeure In My Time Of Dying sur Physical Graffiti, sur lequel Page et Bonham ont un dialogue bluesé absolument enlevant, que Plant, malheureusement, ruine un peu par ses glapissements! Massif!

Quant aux Pixies, ils ont eu la chance de rencontrer Steve Albini sur leur chemin. De tous les producteurs des années ’80 et ’90, Albini est probablement le plus reconnu pour le son de batterie des albums qu’il enregistre, et la fameuse Where Is My Mind (pièce de clôture du fameux « Fight Club » de David Pincher ) le prouve par mille. Que ce soit l’édition originale où le remaster MOFI, un plaisir rock carnassier.

Dynamique fauve: la magie de Prof. Johnson

Stravinsky: The Song Of The Nightingale, The Firebird, Rite of Spring

 

Les albums concepts Capitol des années ’50

Nat « King » Cole – « Love Is The Thing » (Analogue Productions) / Frank Sinatra – « Only The Lonely » (Mobile Fidelity)

Présence de la voix et guitare acoustique

Muddy Waters – « Folk Singer »

Ce disque est un « must » absolu de blues acoustique. 1961. Buddy Guy à la guitare, Muddy Waters qui chante de toutes ses tripes. Certains trouvent le « reverb » un peu « too much ». Mais ne boudons pas notre plaisir.

« Folk Singer’ was one of the first ‘unplugged’ ‘modern’ blues recordings and it offers stellar presence and sound. Leonard and Phil Chess were riding the new found acoustic folk popularity and offered Muddy an opportunity to record something different from the more ‘modern’ electric blues sounds popular at the time. A revisit to the Mississippi Delta acoustic slide guitar sound of the early days … some pure acoustic blues … This sound is deep and pristine recorded with a clear direct path before recording technology started to use all the outboard studio processing. Classics has the HDAD and 180 gram vinyl still in print but even the very inexpensive regular Chess CD reissue CHD12027 sounds phenomenal!  ‘Folk Singer’ was also apparently the record that Keith Richards had in his hands when he met Mick Jagger in the early sixties. Mick introduced himself after noticing Keith holding a copy of ‘Folk Singer’ while waiting for the train to arrive. A brilliant album and superb recording by my favorite blues artist

[http://www.stevehoffman.tv/forums/showpost.php?p=3892759&postcount=5]

BOB WALSH – « Live »

Live à Lévis. Une prise de son irréprochable. Sur « Ma Toune », la présence de la voix de Bob et les harmoniques de guitares vous feront dresser les cheveux. Et puis y’a pas plus belle toune d’amour.

Mixage et image sonore

Peter Gabriel – « Up »

Ah le fameux « soundstage ». Les merveilles du stéréo. Les sculptures sonores tridimensionnelles, l’espace comme jeu sonore. À ce petit jeu,Peter Gabriel est passé maître et son dernier, Up, est tout à fait exceptionnel. Pour tripper dans l’espace et le son, passer outre la remarquable première piste (pour cause de compression armée) et aller directement à « Growing Up« .

ROGER WATERS – Amused To Death

Le roi du disque-concept a donné avec ce disque aux thèmes similaires un digne cousin à The Wall. Ce qui signifie: montages sonores complexes, utilisation maximale de l’espace sonore, un feu roulant d’effets sonores qui vont parfois creuser très loin dans le spectre sonore (Late Home Tonight, Part I, 3:52)… Paradoxalement, c’est un moment d’intimité que je préfère utiliser comme test sonore: l’entrée de la voix de Waters sur Perfect Sense, Part I, 1:51. Si vous n’avez pas l’impression que Waters est dans votre salle d’écoute… quelque chose vous manque.
(Malhreusement, on n’a pas recréé cette impression d’intimité à l’entrée de la voix magnifique de P.P. Arnold, quelques secondes plus tard, ce qui nous ramène soudainement en studio)

Basses et percus

Däfos

Un classique audiophile des années ’80 qui a fait le beau temps des salles d’écoute d’alors, en même temps qu’un grand succès de la « sono mondiale » (« world beat »), l’album Däfos réunit le batteur / percussionniste / ethnologue de Grateful Dead, Mickey Hart, la chanteuse brésilienne Flora Purim et le percusionniste Arto Moreira. Il y a sûrement d’authentiques amateurs du genre, mais moi, je m’en sers surtout pour entendre les murs trembler au son du « Beast« , un grand cadre d’alumium d’une circonférence de 25 pieds, sur lesquels de larges tambours sont suspendus (The Gates of Däfos). Vos chats seront épouvantés lorsque The Beast sera renversé sur le sol. Party percussif, image sonore formidable, c’est un indémodable du genre.

Nine Inch Nails – The Slip

Après les percus acoustiques, voici les basses électroniques de Nine Inch Nails, en téléchargement gratuit 24-bit/96 kHz. Gravez un authentique DVD-A (illustration fournie) et plongez dans les joies de la haute résolution. La deuxième partie est plus réussie que la première, et Four Of Us Dying est un morceau audiophile de choix.

John Zorn – Masada Vol. 6 – Vav

Deux minutes de batterie post-bop, tendance free, celle de Joey Baron, accompagnée par la basse de Greg Cohen, parfaitement captées sur la 5e piste (« Nevalah« ) du Vol. 6 de Masada, un des multiples projets parallèles de John Zorn. Tout le disque est un déferlement hyper-vitaminé de grands défoulements post-bop, avec harmonies et rythmiques vaguments hébraïques/orienales. L’alto de Zorn et la trompette de Dave Douglas complètement un menu enivrant d’énergie (écoutez « Nashon » pour un solo aveuglant de Douglas). D’ailleurs, si vous voulez un test de hautes fréquences vraiment cruel, faites spinner la dernière (« Beer Sheba« ): Zorn semble en pleines convulsions à l’alto, et la trompette de Douglas la suit de près vers la cellule capitonnée!

The Dave Brubeck Quartet At Carnegie Hall

Les années passent, les générations d’audiophiles aussi, mais cet enregistrement « live » du quatuor de Dave Brubeck au prestigieux Carnegie Hall de New York le 21 février 1961 continue de déclencher d’incrontrôlables mouvements du pied, particulièrement pendant le merveilleux solo de batterie de 9 minutes de Joe Morello sur Castilian Drums. Et dire que le regretté batteur se relevait d’une grippe.

GLORIEUX MONO

Buddy Holly – « From The Original Master Tapes »

Buddy Holly – From The Original Master Tapes

Je ne suis pas un amateur du rock’n’roll des années ’50 (trop loin de mes racines), mais comme prise de son mono cristalline, c’est inégalable. L’influence sur les Beatles des années ’63-’65 est palpable, le son glorieux. Dynamique? Écoutez le monstrueux solo de piano sur « Think It Over« … Un mastering digital « as is » qui a popularisé l’expression « From The Original Master Tapes » et le travail de l’ingénieur de mastering Steve Hoffman. Qui avoue n’avoir rien fait! Well, the first compact disc I did was an album by Buddy Holly called « From the Original Master Tapes. » It’s an album where the mastering part took about three hours, but actual research, finding the right tapes, took maybe half a year. Spread out all over the place, I found everything, brought them all together. That was 90% of the battle. When I mastered that album, I was sitting right there with the engineer who was a really nice guy, and I said, « Look, all these things sound great just the way they are. Do we have to master them? Can’t we just transfer them straight? » And the guy said, « Transfer them straight? Well, I hear a cloud on the bass a little bit here. And I hear this and I hear that… » I said, « well if you take the cloud out, his voice just doesn’t sound right. Leave the bass cloud in, worry about the voice, and my name’s going on it, so if there’s a problem I will take the heat. » And he said, « ok, we won’t do anything. » So I just did it straight, trusted my instincts, and it’s the album that I’m most noted for because… [sighs] I had nothing to with the sonics of that album. It was all Norman Petty’s engineering back in New Mexico in the 50s. He did it right, and I saw no reason to tamper with it.

Dynamique, distorsions & autres délices post-rock

TALK TALK – Spirit of Eden [SACD]

Cordes & cuivres de l’orchestre classique, rythmique rock, guitares électriques distorsionnées, feeling psychédélique et la voix si curieusement hors du temps de Mark Hollis. Ce disque refuse toutes les frontières; utilisation constante de la dynamique, espace sonore vaste et complexité des arrangements; un disque envoûtant, bien servi par le format SACD.

« Ear Candies »

DAVID GILMOUR – On An Island

Un cas sévère de « ear candy »… La luxuriance des arrangements concoctés par ces vieux pros (David GilmourPhil Manzarena), les orchestrations, subtiles comme des nappes de brouillard traversés de lumière de l’excellent Zbigniew Preisner (mieux connu pour ses bandes sonores de films de Kieslowsky, comme La double vie de Véronique), les harmonies vocales de Crosby et Nash (rien de moins!)… Après une première moitié plus rock, dense et tendue (avec moultes solo de guitare électrioque portant la signature Pink Floyd, circa The Wall), on entre dans la seconde moitié du disque dans un monde sonore apaisant et mirifique, une sérénité sonore que les fans finis de Roger Waters ne reconnaitront jamais, et qui est aujourd’hui la meilleure part de Gilmour.

DAVID SYLVIAN – Everything and Nothing

Les arrangements de David Sylvian fourmillent toujours de détails et de sonorités envoutantes, et sa voix basse ne gâche rien. Écouter Every Colour You Are et savourez un moment de plénitude sonore. Si votre chaîne ne vous en met pas plein les oreilles, quelque chose ne fonctionne pas.

Reverb naturel, poids du piano, cordes de violon

ARVO PART – Tabula Rasa (avec Gidon Kremer, Keith Jarrett)

Chef d’oeuvre musical, servi par une prise de son sculpturale des ingénieurs de ECM. La très automnale Fratres qui ouvre l’album demeure un de mes tests préférés: pour le violon strident et passionné de Gidon Kremer (qui ne pardonne pas le grain digital), pour le poids du piano de Keith Jarrett, pour le déploiement de l’espace sonore dans un somptueux écrin tridimensionnel, pour la dynamique.  Pour les tests de DAC, dur à battre.

Résolution dans les hautes fréquences

HALL WILLNER presents Weird Nightmares, Meditations On Mingus

Mettez « Open Letter To Duke », et écoutez la déferlante des violon, banjo, mandoline, guitare, harmonica et kazoo se promener sur une base de tuba. Beaucoup de hautes fréquences vont s’entrecroiser. À votre système de vous les restituer sans les mélanger.
Sinon, voila un autre des excellents (mais très éclectiques) albums-hommage préparé par Hal Willner, et dont le meilleur exemple demeure That’s The Way I Feel Now, sur la musique de Thelenious Monk.

Densité sonore

Bob Belden & invités – Miles From India « Run The Vodoo Dow »

On vous conseille ce disque-double non seulement pour la qualité exceptionnelle de l’aréopage des musiciens réunis par Bob Belden, un ancien producteur de Miles Davis, pour l’audace de ces relectures mêlant jazz fusion et musique des Indes et pour la qualité sonore générale de l’ensemble (masteré par l’excellent Mark Wilder), mais aussi parce que la pièce « Run The Voodoo Down » est un test exceptionnel de résolution sonore, dont la densité musicale et la durée (9 minutes) mettront sûrement à l’épreuve de votre 3-voies préféré. Les 2-voies, eux, n’ont aucune chance.

ET ENCORE PLUS…

patricia barber – MODERN COOL

Superbe « set » de la plus audiophile des jazz-woman. Toujours aussi audacieuse, Barber compense sa voix monocorde par des textes « smarts », des arrangements surprenants, des reprises toujours réussies (ici, une excellente « Light My Fire » des Doors, comprenant un solo ambiant et oblique de Dave Douglas et une technique d’enregistrement magnifique. Écoutez les cordes grincer sous l’archet dans « Constantinople » ou le solo de contrebasse de la très flyée Postmodern Blues

Erik Friedlander – book of angels vol. 8 – volac

Le violoncelliste du Masada Strig Trio dans une prestation solo de quelques pièces de l’incroyablement prolifique John Zorn (dont on se demande s’il tient plus de Picasso ou de Bach). Enregistrement très dynamique de Silas Brown et mastering de Scott Hull, comme d’habitude chez Tzadik, ça sonne!

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2 commentaires

  1. Bonjour,
    Très bon article. Toujours bon de pouvoir découvrir des artistes et des disques de qualité.
    Vous qui semblez apprécier la musique dynamique, je ne peux que vous conseiller « La Tarantella: Antidotum Tarantulae » disque fabuleux de Pluhar et son Arpeggiata.

  2. Merci pour cet article. J’ai beaucoup apprécié la découverte de l’album On An Island de David Gilmour.
    Pour y contribuer modestement, je vous partage mon top 5 :

    Unplugged de Nirvana, une référence à mon sens dans la capture de son live. La scène sonore est claire, chaude et précise. L’intro de Oh Me est un velours tandis que le forte concluant Where Did You Sleep Last Night donne des frissons.

    Farewell Angelina sur l’album Ramblin’ de Michel Benita feat. Manu Codjia, dans le registre ambient musique. Le couple contrebasse / guitare est fondue et donne une impression d’horizontalité surprenante pour un duo d’instruments à corde.

    The Water Is Wide de Charles Lloyd Quartet : la délicatesse des notes, le timbre chaud et velouté du saxophone, la qualité de la prise de son (on entend parfois les clefs) et la beauté du thème en font l’une de mes « detox track » favorites !

    Talkin’ Blues de Bob Marley and The Wailers. L’énergie et la ferveur des Wailers se ressent dans cet enregistrement live dans les studios d’une radio US.

    Fanfare de Jonathan Wilson. Maître du songwriting et guitare hero, les albumes de Jonathan Wilson sont ce à quoi aurait pu être un jam entre Pink Floyd et CSNY. Jonathan Wilson est également passé maître dans l’art de l’enregistrement et du mixage analogique. Le titre Cecil Taylor reflète bien la signature sonore de l’artiste : prépondérance d’une ligne mélodique (d’un rif) ici très coloré folk, une image stéréo texturée enrichie de sonorités fuyantes et psychédéliques.

    Aux Armes et Caetera de Gainsbourg. Une fois encore pour la qualité de l’enregistrement, la profondeur de la basse jamais autoritaire, les couinements humides des congas, pour les cymbales rivetées qui spatialisent et alongent le temps, et toujours l’enthousiasme et l’implication des Wailers sur cette collaboration très cohérente.

    Je sais ça fait pas 5. Mais quand on aime, on ne compte pas !

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